|

Le sanctuaire de
Notre Dame de l’Assomption , Ain-Ebel , Sud-Liban
Historique et caractéristiques
1- Historique
a- Au Liban les sanctuaires dédiés à la Sainte
Vierge sont en centaines .Plusieurs raisons sont derrière cette dévotion
exceptionnelle à la Mère de Dieu , ( Théotokos),depuis les premiers pas de
la religion chrétienne en Phénicie (Liban).
Se situant sur la même ligne de foi, l’Église
Maronite est restée toujours fidèle à cette tradition, d’autant plus que
Marie, fille de la région, est symbole de l’Église Universelle, peuple de
Dieu .Par sa sainteté, elle a détrôné les déesses féminines des religions
païennes orientales et les a remplacées dans les coeurs des gens de la
région.
Les habitants
chrétiens maronites et grecs catholiques d’Ain-Ebel ne font pas exception à
cette voie religieuse , du fait de leur appartenance à la tradition
chalcédonienne (officielle catholique et orthodoxe) connue par sa
particulière vénération à la Vierge Marie contrairement à la tradition
nestorienne . A
partir du 17 ème Siècle sous l’Empire ottoman ils regagnent dans
le Sud-Liban le district de Bilad Bechara (Pays de l’Annonciation , surnom
donné à cette région ) , venant du Mont du cèdre .En vouant leur première
chapelle à Notre Dame de l’Assomption ,ils voulaient ,sans doute, exprimer
leur double attachement aux traditions religieuses et nationales .La
chapelle du siège patriarcal dans la vallée sainte ( Quadisha) dédiée à
Notre Dame de l’Assomption porte toujours le même nom .Originaires du Mont
du cèdre connu par ses fortes racines chrétiennes , il n’est pas donc
étonnant de voir les premiers émigrés d’ainEbel garder le même patronyme
pour leur sanctuaire .
Le premier Sanctuaire
b-Il fut construit vers le début du
17eme siècle au sommet de la colline qui surplombe la source du village .Il
fut desservi par son premier curé le Père Youssef Abdel-Massih Elias Tawil
.La petite paroisse se voyait privilégiée et fière même que son curé était
un clerc instruit au fameux Collège Maronite de Rome fondé en 1584.Ce
sentiment dont elle ne s’est jamais départie n’était pas sans justification
. En effet il en découlait pour la modeste paroisse des exigence morales et
spirituelles ,culturelles et sociales qui ont fructifié avec le temps en bon
nombre de vocations dont des prêtres et même des évêques et un Patriarche
cardinal.
Ayant une superficie qui ne dépasse
pas les 96 m2, l’ancien sanctuaire a servi comme église paroissiale ,durant
près de trois siècles, pour une communauté composée de quelques dizaines de
familles de fermiers .Ce n’est qu’au milieux du 19ème siècle que le nombre
des ouailles s’élève à un millier de fidèles :Ils feront partie du diocèse
de Tyr ( célèbre métropole romaine et ancienne Cité Phénicienne) à partir de
1907 :
-Projet du nouveau sanctuaire
c-Entre temps ,en 1866 ,l’archevêque de Saida
Mgr Boutros Boustani , réformateur religieux et social, connu par ses
postions nationales en faveur de la Justice sociale ,face au pouvoir turque,
fait sa tournée diocésaine et arrive à Ain-Ebel, 6 ans après les massacres
anti-chrétiens de 1860.Il fallait se dégager de l’état de désespoir dans
lequel la guerre a jeté les chrétiens .L’archevêque n’a pas manqué alors
d’encourager ses ouailles en leur promettant de beaux jours ,coopérant sur
le terrain avec les missionnaires libanais , pères jésuites et religieuses
des Saints Coeurs pour lancer la construction des premiers établissements
scolaires et lieux de culte dans la région
Dans un tel contexte Ain-Ebel fut doté de ses
premiers centres scolaires et sanitaires .En même temps le nouveau
sanctuaire commence à voir le jour ,spacieux , moderne et solide .La
construction est dirigée par des maîtres -maçons et architectes libanais et
italiens .Les paroissiens sont enthousiastes et oeuvrent de tout leur mieux
,prodiguant efforts personnels et finances ,comptant également sur les
donations des émigrés ayant pris le chemin vers l’Argentine,La Palestine et
l’ÉGYPTE -Ils comptaient aussi sur les quêtes menées par les missionnaires .Dans
les différentes étapes de la construction ,les villageois font montre d’une
remarquable générosité :Tous se mettent ensemble et bénévolement au travail,
hommes ,femmes , adultes et jeunes , assumant toute les taches relatives à
la construction.
Étapes du projet
d-Entre 1866 et 1917 environ le projet passe
par plusieurs étapes.Après plus de 60 ans l’édifice n’était pas encore
terminé .Plusieurs obstacles s’y opposaient .certains venant de la part de
l’État ottoman pour des raisons politiques et religieuses -En effet les
autorités turques ont ordonné l’arrêt de la construction durant près de 15
ans ,sous prétexte que les gens d’Ain-ebel bâtissaient une forteresse
militaire .D’autres obstacles venaient des divisions nourries par le
prosélytisme et la nouvelle culture anglophone prônant le protestantisme aux
dépens des autres communautés chrétiennes locales.
Phase pré -finale
e-Les rapports écrits par les pères
missionnaires relatent qu’au moment de la visite du premier archevêque du
diocèse en 1907 , Mgr choucrallah, le sanctuaire était encore sans carrelage
, avec une toiture sans briques, ni clocher .Ces travaux seront réalisés
entre 1907 et 1920 environ.
Malheureusement chaque phase était jalonnée de
drames et d’obstacles issus des conditions externes pour entraver le projet
.En effet en 1920, une nouvelle tragédie vient frapper Ain-Ebel causant une
destruction partielle du sanctuaire et une grande perte en vies humaines.Une
centaine de personnes dont la majorité sont des femmes et des mineurs sont
massacrées par des bandes hostiles ,en ce temps-là ,au projet du Grand Liban
pour lequel les chrétiens étaient les partisans les plus enthousiastes .C’est
pourquoi un martyrium devait s’ajouter en 1921 aux parties annexes de
l’édifice ;Bien plus ,le sanctuaire sera plusieurs fois la cible des obus au
cours des années suivantes .Non seulement partiellement détruit et incendié
, en 1920 , mais aussi dans les années de la guerre libanaise le village a
été pris entre le double feu israélien et palestinien ,sans compter les
dégâts produits par les diverses milices locales (1972-2000).Récemment
encore au cours de la guerre du 12 juillet 2006 éclatée entre Israël et le
Hizbollah soutenu par l’Iran , le sanctuaire a subi de graves dégâts comme
on peut le voir sur les photos prises à cette occasion .
2-Restaurations au cours des 40 dernières années
2-1 En 1966 à l’occasion du centenaire de la
fondation du sanctuaire , l’archevêque Mgr Joseph Khoury décide ,avec le
comité paroissial des biens de la paroisse (Wakf), de lancer de nouveaux
travaux de restauration à l’intérieur comme à l’extérieur de l’église .Ceci
pour répondre aux besoins croissants de la paroisse qui ne cessaient
d’augmenter.
a- Ainsi il fut créé une tribune dans
la partie postérieure du sanctuaire pour assurer un plus vaste espace pour
la chorale et les fidèles.-
b-En même temps l’escalier menant au
toit passant par la tribune a été aménagé de manière à y assurer un accès
facile .
c-Le revêtement des parois et ses décorations ,détériorés
par l’humidité et l’ancienneté ont été nettoyés et retapés avec du ciment .cette
opération a fait pourtant regretter pour certains la perte des anciennes
décorations très appréciées, en leur temps, et pour lesquelles on éprouve
toujours de la nostalgie .
d- Aménagement de la place principale jouxtant
l’édifice,construction d’un presbytère de 3 étages pour assurer un logement
aux curés de la paroisse- construction d’une salle pour les fêtes ; des
bureaux pour les réunions des comités et des mouvements d’action catholique.
e- Restauration et déplacement du
martyrium , abritant les corps des martyrs de 1920 et ultérieurement ceux de
la guerre libanaise.
f- Aménagement d’un espace ( sorte de
pelouse ) près du sanctuaire pour installer une statue du saint libanais
Charbel.,autant de travaux effectués depuis une les années soixante jusqu’à
2000.
Restauration récente
2-2-Après
le retrait de l’occupation israélienne en 2000, de nouveaux besoins se
firent jour: une restauration générale s’impose , après une trentaine
d’années sous l’ombre des jours noirs de la guerre, qui ne semble pas
atteindre son terme.
En trois ans , (2002-2005) le projet fut exécuté, grâce aux
contributions des émigrés dans les pays arabes et occidentaux .la
restauration ayant coûté près de 200.000 dollars a consisté dans les
opérations suivantes:
a-
grattage du
revêtement en ciment pour nettoyer les pierres des murs et des colonnes .Une
telle opération a permis de remettre à jour un style architectural semi
roman- gothique , mettant en relief une colonnade et des voûtes qui invitent
l’oeil à l’admiration et l’esprit à s’élever vers le Sublime glorifiant le
vrai Créateur..
b
Restauration générale du carrelage et la menuiserie des sièges…
c
Renouvellement de l’installation électrique ,des moyens audio et la
sonorisation.
d-
Restauration de la toiture en brique .A noter que cette opération a été
refaite juste après un nouveau bombardement en fusées et obus au cours de
juillet et Août 2006.La déclaration de la fin des hostilités entre les
belligérants ,à la veille même de la fête de l’Assomption (le 14 Août) fut
perçue par les habitants d’Ain-Ebel comme un signe miraculeux .
3-Caractéristiques architecturales et artistiques
a-
le sanctuaire est
composé de 3 nefs , 3 autels surmontés
d’arcades et de très belles voûtes,2 rangées de 4 colonnes
chacune ayant un diamètre de 1,93 m,
Il est muni d’un grand clocher
.
b- dimensions:
longueur;28,65 m ; largeur :14,50 m ; Hauteur: 11,45 m
c- En plus , le sanctuaire est muni de
3 grands portails, 11 fenêtres, 12 rosaires ou
cavités circulaires incrustées dans les murs.,plusieurs autres cavités dans
les parois de la voûte principale pour produire des effets sonores (
acoustiques).
.d- un grand autel
en marbre conçu et exécuté par des artistes et sculpteurs libanais .il fut
installé en 1939, remplaçant un ancien autel en bois.
e- 3 grandes toiles ornant chacune l’un
des 3 autels:
-Au centre une toile reproduisant une
oeuvre de l’espagnole sévillan Bartolomeo Murillo dont d’autres copies
ornent différents sanctuaires en Europe et En Amérique sous le titre de
“ La vierge et l’Enfant” réalisée en 1664.
-Au dessus de l’autel situé à droite , une
toile de dimension moins grande est consacrée à Saint Joseph
.Elle est d’un style italien classique de la Renaissance,signée par le
peintre Nimr Daher Hadad et datée en 1933,
-Au dessus de l’autel situé à gauche, une toile
ayant la même dimension que celle de droite, représente Saint Maron,
patron de la communauté maronite .Elle est signée par le peintre libanais
Maroun Daw.Elle est d’un style local moins raffiné que celui de la toile
précédente.
f- une ancienne sacristie ,
un presbytère de 3 étages ,comme susmentionné, 2 espaces
servant de place et de pelouse, un martyrium ;un mémorial
de St Charbel ,un monument figurant la grotte de Notre Dame de
Lourdes avec des jets d’eau.
g-Il est bien important de rappeler
que les ingénieurs qui ont conçu le plan du sanctuaire avaient prévu
deux petits autels situés au milieu de chacune des deux nefs latérales
,gauche et droite,le premier est consacré à St Georges et le second à Saint
Jean Maron, premier Patriarche de l’Église Maronite (vers 687).Le
travail n’a pas été achevé jusqu'à ce jour pour diverses raisons. Il est
souhaitable que ces deux œuvres voint prochainement le jour
h-l’un des plus intéressants
détails du sanctuaire, à ne pas omettre, serait peut- être le bas- relief
incorporé dans le mur occidental au-dessus du grand portail ou entrée des
femmes :C’est une grande dalle haute de 1 20 cm sur laquelle sont gravées
trois javelots croisés , emblème de l’empereur Constantin 1er :
Cet article archéologique a été trouvé parmi les ruines du site de Doueir ou
celui de Chalaboun situés à 2 km du village : D’après les recherches de
l’archéologue et philosophe français Ernest Renan (1861) il s’agit d’une
dalle qui couvrait la tombe de l’un des princes Ghassanides chrétiens arabes
du 4eet 6e siècles : l’ emblème
signfie Pax Chrsiti = Paix du Christ ; Ce qui confirme l’identité religieuse
et culturelle de la région .
Conclusion
Désigné comme haut lieu de pèlerinage ,à
l’occasion du jubilée du deuxième millénaire,le sanctuaire de Notre Dame de
l’Assomption d’ Ain-Ebel ne cesse d’attirer des pèlerins et des touristes ,
surtout les 14 et 15 Août de chaque année .La procession qui a lieu dans le
cadre des cérémonies religieuses et du festival organisés à cet effet
constitue le point culminant de l’année .On vient de tout bord pour
s’abreuver aux sources de la foi et des traditions chrétiennes , en cette
Terre Sainte du Sud- Liban , Là où Jésus, Marie et les premiers disciples
sont souvent venus , selon l’Évangile.
Cette réalité historique que le monde
, et les libanais surtout , ont tendance à oublier a été vivement rappelée à
notre mémoire par le pape Jean Paul II au cours de sa visite au Liban en
1997,quand il a dit : Le Liban est une terre sainte , de saints et de
sainteté .Les libanais contemporains de Jésus ont été parmi les premiers
témoins fidèles de la Bonne Nouvelle.
En perpétuant ces traditions et souvenirs
chrétiens dans une région quasi délaissée sur les frontières du sud -Liban,
et marquée par une forte émigration comme les différentes terres éprouvées
du Moyen Orient qui se vident de plus en plus de leurs anciens
habitants,descendants des premiers témoins de la Bonne Nouvelle , la
paroisse d’Ain-Ebel veut surtout perpétuer une présence historique et un
témoignage marial : Jésus Vivant avec Marie sur un sol qu’ils ont un jour
visité au cours de leur vie sur terre , non loin d’une terre natale où la
jeune fille de Nazareth avait reçu le Message et que le rédempteur a vu le
jour , vécu , a été crucifié , mort et ressuscité.
JKHOREICH, Le 8/9/2007
|